Troisième âge

L’épilepsie chez la personne âgée

Par le Dr Noël Philippe, neurologue

1) Fréquence et origine de l’épilepsie chez le sujet âgé

Contrairement à une idée répandue dans la population, l’épilepsie touche plus souvent la personne âgée que l’adulte jeune.

En effet, le nombre de nouveaux cas augmente rapidement après 65 ans pour atteindre des chiffres de 160 cas par an et par 100.000 habitants, environ le double des valeurs attendues chez l’adulte jeune.

La raison en est assez simple : un grand nombre de maladies touchant le cerveau humain sont épileptogènes, c’est-à-dire sont susceptibles de provoquer des crises d’épilepsie. En général, une épilepsie qui se développe chez le sujet âgé a une cause déterminée. Il s’agit le plus souvent d’une affection cérébro-vasculaire (près de la moitié des cas) après quoi viennent les causes tumorales, traumatiques, métaboliques, médicamenteuses, dégénératives (démence d’Alzheimer par exemple).

Par conséquent, une crise d’épilepsie inaugurale [1] chez la personne âgée nécessite une mise au point neurologique et générale. Les épilepsies du sujet jeune se prolongent aussi et constituent une partie des épilepsies idiopathiques [2] de la personne âgée.

2) Les types de crises chez le sujet âgé

Les types de crises rencontrés dans ce groupe d’âge sont les mêmes que chez les jeunes mais dans une proportion différente. En effet, les crises sont surtout partielles, partielles complexes ou partielles secondairement généralisées. Plus simplement dit, le point de départ des crises sera plus souvent localisé à une région limitée du cerveau mais elles peuvent s’étendre à l’ensemble du cerveau dans un second temps. Cette différence s’explique encore par le fait que la lésion responsable de l’épilepsie sera souvent localisée (infarctus cérébral, tumeur…).

3) Les aspects cliniques et le diagnostic

L’électroencéphalogramme est un bon outil pour mettre en évidence, dans une proportion élevée de malades (environ 80 %), des anomalies épileptiques. Celles-ci seront souvent latéralisées, régulièrement périodiques et régionales.

Sur le plan clinique, la présentation des crises est plus complexe que chez le jeune et le diagnostic est plus difficile à poser car les symptômes peuvent évoquer tout autre chose que de l’épilepsie. C’est particulièrement le cas d’états confusionnels attribués parfois à tort à la démence, des troubles sensitifs suggérant a priori une affection cérébro-vasculaire etc.

A contrario, des affections médicales peuvent être confondues avec une épilepsie (syncope cardiaque, hypotension orthostatique) ou provoquer isolément une crise convulsive (hypoglycémie par exemple).

La vigilance et l’esprit critique sont donc des alliés précieux dans ce domaine. Une description précise des crises est indispensable pour évoquer un diagnostic d’épilepsie.

4) Conséquences médicales et sociales pour la personne âgée

Les conséquences d’une épilepsie chez le patient âgé sont médicalement et socialement plus importantes.

La mortalité de l’état de mal épileptique [3] est plus élevée, des états confusionnels qui suivent la crise sont souvent longs, de plusieurs heures voire plusieurs jours. Le risque de fracture secondaire à la chute est bien plus grand. Enfin, une médication anti-épileptique sera habituellement prescrite ajoutant un médicament à une liste souvent longue avec des effets secondaires potentiels.

La crise est vécue comme une perte d’autonomie pour le patient et sa famille ce qui peut aboutir au placement en maison de repos d’une personne isolée. La crise nécessitera l’arrêt de la conduite automobile ; arrêt théoriquement transitoire mais souvent définitif en pratique car jugé plus raisonnable pour l’entourage. Le travail d’information du patient et de sa famille est par conséquent très important pour maintenir une autonomie car le traitement médicamenteux est généralement fort efficace.

Ce traitement médicamenteux devra tenir compte des changements physiologiques de la personne âgée (diminution des protéines transporteuses du médicament, réduction de la fonction rénale, de la dégradation hépatique, etc…), des effets secondaires et des interactions possibles avec les autres médicaments. Le choix se portera sur une monothérapie ayant peu d’influence sur les autres traitements en débutant par des doses faibles qui seront augmentées très progressivement.
Sous traitement bien suivi, le pronostic de l’épilepsie de la personne âgée est habituellement excellent.

CONCLUSION

En conclusion, l’épilepsie du patient âgé se caractérise par une plus grande incidence, des origines lésionnelles fréquentes, une présentation clinique complexe et variée, des conséquences médico-sociales plus marquées. Elle nécessite un traitement médicamenteux adapté aux changements biologiques liés à l’âge et aux interactions avec les autres médicaments.

[1crise d’épilepsie inaugurale : première crise.

[2crises idiopathiques : crises pour lesquelles on ne parvient pas à déterminer la cause.

[3état de mal épileptique : situation où la crise dure plus de 20 minutes sans interruption, ou situation où la personne présente plusieurs crises successivement, sans récupération entre les crises.