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Epilepsie et alcool
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Pourquoi soulever la question du rapport entre les manifestations épileptiques et l’alcool ?

L’alcool, "prendre un verre", est un phénomène de société qui a toujours existé et qui, de toute évidence, joue un rôle social important, contribuant à des échanges fraternels entre les individus lorsqu’il se cantonne dans des limites acceptables.

Cette consommation d’alcool "mondaine" ou "de circonstance", celle des fêtes, des réveillons ou des apéritifs, doit se distinguer nettement de l’intoxication alcoolique sévère, caractérisée par des absorptions d’alcool, le plus souvent clandestines, importantes et débouchant sur des phénomènes de dépendance.

Différentes questions sont à envisager : La consommation d’alcool de circonstance aggrave-t-elle la fréquence des crises d’épilepsie chez les patients traités ? Chez un patient traité pour l’épilepsie, la prise même modérée de boisson alcoolisée est susceptible d’aggraver la fréquence des crises dans différentes circonstances.

a. Les formes d’épilepsie réfractaires aux traitements médicamenteux s’aggravent à la suite de l’absorption d’alcool (de 1 à 3 verres de bière suffisent). Par "réfractaire", on entend la persistance de crises hebdomadaires malgré 2-3 médications antiépileptiques bien contrôlées.
b. L’alcool, même à faibles doses, peut modifier le taux sanguin de certains médicaments. C’est ainsi que l’élimination de certaines substances peut être accélérée (c’est le cas de la phénytoïne), et donner lieu à une diminution de l’effet thérapeutique.
c. Enfin, une prise modérée d’alcool, chez des patients traités, est également susceptible de modifier le caractère réparateur du sommeil et ce facteur, en soi, peut accroître pendant quelque temps la fréquence des crises.

Ceci dit, les revues statistiques et épidémiologiques indiquent que la consommation "sociale" modérée d’alcool, chez des patients dont l’épilepsie est bien contrôlée, n’affecte pas de façon significative la fréquence des crises.

Il ne s’agit que de statistiques et de lois de série. Les facteurs cités plus haut permettent de penser que les patients présentant des crises généralisées doivent toujours se méfier après absorption - même modérée - d’alcool.

Qu’en est-il de l’intoxication alcoolique chronique ou aiguë ?

L’absorption excessive d’alcool -chronique ou aiguë- aggrave la fréquence des crises d’épilepsie chez les patients traités (ou non) au point parfois de déboucher sur de véritables états de mal. Aucun doute n’est possible à ce sujet.

La discussion des épileptologues modernes tente simplement d’en préciser le mécanisme. S’agit-il d’un effet direct de l’alcool sur les cellules nerveuses ou d’un effet indirect sur les mécanismes de contrôle de crises d’épilepsie, tels qu’ils viennent d’être ébauchés, ou des deux ? La question reste ouverte.

L’alcoolisme -qu’il soit de circonstance ou toxique- peut-il provoquer une maladie épileptique ?

Il n’y a aucun doute qu’un individu qui absorbe des quantités importantes d’alcool, de façon chronique, est susceptible de présenter des manifestations convulsives généralisées dans deux circonstances :
en cas d’absorption massive aiguë ;

lorsque, pour des raisons multiples (économiques par exemple manque d’argent ; sociales par exemple incarcération ; ou médicales par exemple intolérance digestive) il arrête pendant 24 à 48 heures, d’absorber de l’alcool.

Il s’agit de manifestations convulsives de SEVRAGE, associées ou non à d’autres symptômes (delirium tremens, anomalies neurologiques, etc.) Ces manifestations de sevrage établissent fermement le caractère d’intoxication par l’alcool de ces individus, signant une dépendance plus ou moins importante et définitive.

Des crises convulsives peuvent-elles être considérées comme de l’épilepsie vraie ?

Certains épileptologues en doutent et vont même jusqu’à rejeter l’appellation d’épilepsie alcoolique. L’E.E.G. intercritique de ces patients, voire même critique est rarement pathognomonique et les traitements antiépileptiques préventifs n’ont jamais fait leurs preuves d’efficacité de façon significative, sauf en cas de crises répétées après sevrage définitif.
Ces informations montrent en tous les cas le caractère convulsivant de l’alcool. Il est probable que les mécanismes d’action ne sont pas les mêmes selon qu’il s’agit d’une intoxication aiguë ou d’un sevrage.

Quels conseils donner ?

Devant ces informations, le médecin proposera et le patient disposera.

Le médecin

devra toujours déconseiller la prise de boisson alcoolisée à un patient traité pour épilepsie ;

attirera l’attention sur le danger de crise, même lors d’une prise occasionnelle d’alcool, pour des patients dont les crises sont généralisées ;

insistera auprès des patients présentant une épilepsie rebelle, et traités par plusieurs antiépileptiques pour qu’ils s’abstiennent totalement d’alcool ;

conseillera une cure de désintoxication alcoolique chez les patients présentant une dépendance.

Ceci ne l’empêchera pas, au cas par cas, de fermer les yeux pour un patient épileptique bien traité qui, pour des raisons sociales bien compréhensibles, voudra consommer de l’alcool dans certaines circonstances.

Le patient

l’alcoolique grave connaît les risques qu’il court ;

le patient épileptique doit être informé des risques éventuels ; Il ne faut pas les lui cacher, sous prétexte d’une " compréhension " du rôle social que représente la consommation d’alcool dans certaines circonstances. il prend ses responsabilités en connaissance de cause.

En outre, alcool et médicaments antiépileptiques doivent contre-indiquer la conduite automobile, voire certaines activités professionnelles.